La « justice » de l’Utah donne au condamné à mort le choix entre la corde et le fusil. En tant que prisonnier de guerre de classe, Hill répondit au juge : « je choisis les balles. J’en ai l’habitude. On m’a tiré dessus déjà plusieurs fois dans le passé et je pense pouvoir encore y faire face » [Smith 1962, 102].
Le 19 novembre 1915, à l’aurore, un peloton d’exécution de cinq hommes s’aligna dans la cour de la prison d’état. Dans leur ligne de mire : Joe Hill, attaché sur une chaise, les yeux bandés, une cible en papier sur la poitrine. Il avait refusé l’offre d’une piqûre de morphine ou d’un coup de whiskey que lui avait faite le médecin de la prison. « Non, dit-il, j’en ai jamais pris, et je n’ai pas l’intention d’en prendre l’habitude maintenant » [Modesto 1962, 11].
Selon les lois de l’Etat, un condamné à mort peut proposer à des amis d’assister à son exécution, et le gardien assura à Hill qu’il serait autorisé à le faire. Il invita donc les compagnons travailleurs Ed Rowan, George Child et Fred Ritter. Mais quand ils arrivèrent à la prison, le gardien les renvoya en prétendant que Hill ne voulait pas les voir. Personne ne prévint Hill, les yeux bandés, que ses amis n’étaient pas là. Quatre fois il leur cria au revoir, et leur silence en retour a dû le pétrifier. Jusqu’à la dernière seconde, les autorités de l’Utah se sont obstinées dans leur attitude mensongère, hypocrite et gratuitement cruelle.
Le représentant de l’état chargé de l’exécution hurla « A vos armes !... En joue !... » mais ce fut Hill, sourire en coin, qui cria « Feu ! ». Les cinq hommes appuyèrent sur leur détente et prirent la vie du plus aimé des poètes IWW. La mort du matricule 3256 fut prononcée à 7 heures 42 du matin, selon le certificat de décès. Les bourreaux de Joe Hill reçurent vingt dollars chacun pour service rendu à l’Utah.
L’International Socialist Review publia en janvier 1916 ce poème de John Waring :




