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Le Préambule IWW et la Charte d’Amiens

Préambule à la Constitution des Industrial Workers of the World

IVe convention, Chicago, 1908

La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun. Aucune paix ne sera possible tant que la faim et la misère accableront des milions de travailleurs ; tant que quelques-uns, la classe des patrons, s’approprieront toutes les bonnes choses de la vie.
Entre ces deux classes, la lutte doit se poursuivre jusqu’à ce que les ouvriers du monde entier s’organisent en tant que classe, prennent possession de la terre, de l’appareil de production et abolissent le salariat. [1]
La concentration de la direction des entreprises dans quelques mains de moins en moins nombreuses rend les syndicats inaptes à se défendre contre le toujours grandissant pouvoir de la classe patronale. Les syndicats corporatifs nourrissent un état de choses qui permet de monter les travailleurs les uns contre les autres dans une même usine, amenant par là une défaite après l’autre dans la guerre salariale. Les syndicats corporatifs contribuent en plus à tromper les ouvriers en les laissant croire à une communauté d’intérêts avec la classe patronale.
Ces conditions ne peuvent être changées et l’intérêt de la classe ouvrière ne peut être défendu que par une organisation formée de telle façon que dans l’ensemble d’une industrie, ou dans toutes les industries si nécessaire, le travail cesse à partir du moment où une grève ou un lockout est en court dans une de ses parties, parce qu’un tort fait aux uns est un tort fait à tous.
Plutôt que la devise conservatrice « Un bon salaire pour une bonne journée de travail », inscrivons sur nos étendards le mot d’ordre révolutionnaire : « Abolition du salariat ».
La mission historique de la classe ouvrière est la suppression du capitalisme. Le prolétariat doit s’organiser, non seulement pour mener les luttes quotidiennes contre le capitalisme, mais aussi pour continuer la production quand le capitalisme sera renversé. En nous organisant dans l’industrie nous formons la structure d’une nouvelle société dans la coquille de l’ancienne.

¤ Texte intégral de la Constitution de l’IWW (2010)

La Charte d’Amiens

XVe CONGRÈS NATIONAL CORPORATIF - IXe DE LA CGT - AMIENS, 8-16 OCTOBRE 1906.

Le Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2, constitutif de la CGT :

« La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat. »

Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.
Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique :
Dans l’œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc.
Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme ; il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale.
Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait, à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat.
Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l’entière liberté pour le syndiqué, de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors.
En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale.




[1paragraphe politique du préambule de 1905 supprimé en 1908 :
Entre ces deux classes, la lutte doit se poursuivre, jusqu’à ce que tous ceux qui peinent s’unissent, tant sur le plan politique que sur le plan industriel, et prennent et conservent ce qu’ils produisent par leur travail, au moyen d’une organisation économique de la classe ouvrière, sans aucune affiliation à aucun parti politique.