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Quelques dates et quelques cartes

Les Industrial Workers of the World
et l’histoire des États-Unis d’Amérique


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L’expansionnisme
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1492

12 octobre Un aventurier européen traversant l’Atlantique croit débarquer en Asie. « Hispaniola » (actuelle Haïti et République Dominicaine), île de l’archipel accosté préférée pour ses ressources présumées, compte alors au moins 250 000 Arawaks. Soixante ans plus tard, ils ne seront plus que 500 et auront complètement disparu avant 1650.

Excepté quelques isolats, toutes les autres populations aborigènes sur l’ensemble du continent colonisé subiront dans différentes proportions un sort comparable sur la même période, victimes de la violence coloniale et de maladies importées.


1607

Fondation d’une première colonie britannique permanente, la « Virginie », à l’embouchure de la baie de Chesapeake, sur des terres algonquines réunies sous l’autorité du chef Wahunsonacock, dit « Powhatan », du nom de son village.

1619

Après les colonies espagnoles et portugaises des « Indes Occidentales » (ou « Amériques »), la Virginie reçoit à Jamestown sa première cargaison d’êtres humains corvéables à merci, via le golfe de Guinée : vingt esclaves noirs sont mis en vente.

1637

Début d’une longue série de « guerres indiennes » contre les peuples autochtones en Amérique du Nord, consécutives à l’expansion coloniale européenne puis étasunienne, cette fois contre les Pequots sur la rivière Connecticut.

1689-1763

Les rivalités anglo-françaises s’étendent à l’Amérique du Nord, de part et d’autre des Appalaches jusqu’au Saint-Laurent. Les escarmouches successives, impliquant des tribus aborigènes, tournent à l’avantage des anglais en 1763, à l’issue de la guerre de Sept Ans, qui leur gagne entre autres les territoires jusqu’au Mississippi mais affaiblit leur autorité sur les colonies supportant les frais économiques de la guerre.

1766-1771

Mouvement des Régulateurs, regroupant des petits fermiers blancs de Caroline du Sud contre les abus et la corruption de l’administration coloniale britannique. Refusant de payer les impôts et s’opposant aux saisies, interrompant des procès, provoquant des émeutes, ils seront finalement écrasés par la troupe lors d’un affrontement en mai 1771.

1776

4 juillet L’élite libérale, masculine, blanche, riche et protestante de quelques colonies britanniques d’Amérique du Nord prend le pouvoir, profitant de l’exaspération populaire envers l’administration coloniale, puis se dote d’institutions la représentant et conformes à ses intérêts. Le projet de constitution est adopté le 27 septembre 1787, au nom du « peuple » et de la « liberté ». Fétiches d’une société « sans classes » d’individus « libres » à portée du « bonheur », la Déclaration d’Indépendance, la Constitution et le drapeau serviront de cache-sexe impeccable à la reproduction de l’ordre social et des discriminations.

1786

Le 26 septembre, Daniel Shays, ancien capitaine de l’armée révolutionnaire, prend la tête d’une troupe rebelle de fermiers plongés dans la misère de l’après-guerre. Arrivant à la rescousse de compagnons en cours de jugement à Springfield, dans le Massachusetts, ils font battre en retraite juges et soldats sans tirer un coup de feu. La répression d’État s’abat immédiatement, suspendant les « libertés » à peine reconnues. Shays résistera quelques temps puis sera contraint à l’exil, avant d’être autorisé à revenir, eu égard à ses anciens états de service, pour finir ses jours dans la misère et l’oubli.

1800

Conspiration de Gabriel Prosser, jeune esclave de Virginie, qui parvient à faire recruter un millier d’hommes dans tout l’État — des esclaves, quelques Blancs pauvres et deux français abolitionnistes — afin d’attaquer Richemond et prendre le gouverneur James Monroe en otage. Les indiens Catawbas devaient également être approchés pour appuyer la révolte. Trahis juste avant l’offensive, les principaux leaders s’enfuient, mais Prosser est arrêté puis condamné à mort. Il sera pendu le 10 octobre.

1803

30 avril Immense territoire bordant le Mississippi, la Louisiane, tout juste rétrocédée par l’Espagne, est achetée à la France, double la superficie des « États-Unis d’Amérique » et leur ouvre la voie vers le Pacifique.

1808

Interdiction de la traite des Noirs, à laquelle se substituera une traite intérieure avec l’expansion territoriale. Environ 250 000 esclaves supplémentaires débarqueront cependant jusqu’en 1860.

1811

7 novembre La bataille de Tippecanoe, et surtout la mise à sac de Prophet’s Town par les troupes du gouverneur de l’Ohio et futur président des États-Unis, William Harrison, mettent un terme aux efforts de Tecumseh, chef Shawnee, et de son frère Tenskwatawa visant à rassembler les tribus contre la colonisation. Affirmant que « la terre n’a jamais été divisée, appartient à tous pour l’usage de chacun », dénonçant les traités, Tecumseh avait fondé une confédération dans l’espoir de dépasser les divisions et rivalités des peuples aborigènes.

1812

Guerre contre les anglo-canadiens, au prétexte d’entrave au commerce. Menée en réalité pour déloger les anglais, s’emparer des territoires nord-américains et mettre un terme à la résistance indienne dans le nord-est, elle se soldera en 1815 par un statu quo.

1814

Fin de la guerre contre les Creeks, qui déborda en 1812 sur la Floride occidentale espagnole, dégageant le terrain pour les marchands de coton qui, par une succession de confiscations et de traités, s’approprieront la majeure partie des territoires de Géorgie, de l’Alabama et du Mississippi, jusqu’alors promis aux « indiens ».

1819

Rétrocédée à l’Espagne par l’Angleterre en 1783, la Floride est cédée aux États-Unis contre l’abandon des prétentions étasuniennes sur le Texas.

1822

Conspiration de Vesey, peut-être la plus grande insurrection planifiée d’esclaves de l’histoire des États-Unis. Sous l’impulsion de Denmark Vesey, Noir libre et responsable méthodiste, le plan prévoyait de mettre le feu aux plus grandes villes de Caroline du Sud, pour lancer un soulèvement généralisé. La milice et des troupes fédérales sont appelées le jour de l’exécution de Vesey pour prévenir toute manifestation de masse.

1823

Déclaration du président James Monroe devant le Congrès, établissant ce qu’on appelle la « doctrine Monroe » : non-intervention dans les affaires européennes si les pays européens abandonnent l’« arrière-cour » sud-américaine aux États-Unis.

1824

La révolution industrielle s’étend depuis quelques années aux États-Unis et les conditions de travail dans les manufactures et filatures empirent, entraînant les premières luttes ouvrières. A Pawtucket, dans le Rhode Island, les femmes se joignent à la grève contre la baisse des salaires et l’augmentation du temps de travail.

1829

Parution du Walker’s Appeal, pamphlet anti-esclavagiste écrit par David Walker, fils d’esclave.

1830

26 mai Adoption de l’Indian Removal Act ordonnant la déportation des « indiens d’Amérique » à l’ouest du Mississippi, mais avec la promesse de pouvoir y rester « tant que l’herbe poussera et que couleront les rivières ».

Fox et Sacs de l’Illinois entrent en guerre, sous la direction de Black Hawk, et sont battus en 1832 ; les Creeks d’Alabama subissent le même sort en 1836. Alors que les Séminoles livrent une longue guérilla dans les marais de Floride, le quart des quelques seize mille Cherokees expulsés de leurs terres de Géorgie perdent la vie le long du Sentier des larmes, fin 1838.


1833

¤ William L. Garrison, directeur du Liberator, journal abolitionniste, fonde l’American Anti-Slavery Society, qui verra entre autres Frederick Douglass et Wendell Phillips réclamer à sa tribune l’abolition de l’esclavage.
¤ Création de la Female Anti-slavery Society. Sortant du carcan du « culte domestique » de la « vraie féminité » et par analogie avec l’esclavagisme, les femmes affirment leur réalité politique en lançant des pétitions collectives et individuelles pour l’abolition de l’esclavage (trois millions de signatures au total entre 1831 et 1863).

1835

Malgré les condamnations judiciaires, le syndicalisme s’organise autour des métiers et au-delà. Une cinquantaine de corporations lancent à Philadelphie un grand mouvement de grève pour la journée de dix heures.

1839

Mouvement Anti-loyers : des fermiers de l’État de New-York refusent de payer loyer et taxes aux grands propriétaires terriens, héritiers d’un système quasi féodal. Déguisés en « indiens », les Anti-loyers s’opposent aux saisies et expulsions des endettés et réclament la révision de la loi. Progressivement assimilés par le système électoral et transformés en petits propriétaires, leur lutte se poursuivra jusque dans les années 1860.

1841

Détournement du Créole par les esclaves embarqués, direction les Antilles britanniques où l’esclavage a été aboli. Tensions diplomatiques (on parle même d’une guerre) avec la Grande-Bretagne qui refuse de rendre les esclaves. A la même période se met en place le réseau du « chemin de fer souterrain », dont Harriet Tubman sera la « conductrice » la plus célèbre, qui fera passer 30 000 esclaves au Canada jusqu’en 1860.

1842

La débandade puis la persécution des partisans de Thomas Dorr, après leur tentative en mai de s’emparer de l’arsenal de Providence, dans le Rhode Island, vont mettre un terme à la révolte pour la réforme du droit de vote, alors réservé dans cet État aux propriétaires terriens en vertu d’une charte héritée des anglais. Commencée l’année précédente, cette révolte avait rapidement aboutie à la coexistence de deux constitutions rivales dans le même État (la constitution populaire de Dorr refusant cependant le droit de vote aux noirs). Le parti de la Loi et de l’Ordre, après quelques réformes de façade, perpétuera la ploutocratie avec l’aide de l’Establishment fédéral.

1846-1848

¤ Guerre contre le Mexique après l’annexion du Texas par les États-Unis. Les États-Unis s’emparent du Texas et des territoires correspondant aujourd’hui à l’Arizona, au Nevada, à l’Utah, au Nouveau-Mexique, à la Californie et à une partie du Colorado.

Dans le même temps, négociations avec la Grande-Bretagne pour établir les frontières du nord-ouest.

La « conquête de l’Ouest » sera désormais encouragée et s’amplifiera, au détriment des « indiens » natifs ou déjà déportés. Principes du mythe et de l’imaginaire étasuniens, la Frontière et ses pionniers, des petits fermiers blancs qui partent à l’aventure, souvent contraints par des conditions de vie misérables, sont repoussés vers les plaines du centre du continent nord-américain.
¤ John O’Sullivan découvre la « destinée manifeste » des États-Unis — mission civilisatrice providentielle et supériorité raciale —, mais Henry David Thoreau refuse de payer des impôts qui serviront à la guerre contre le Mexique ainsi qu’à l’esclavage et écrit La Désobéissance Civile. Ce dernier déclarera néanmoins, « en tant que vrai patriote » : « Vers l’ouest l’étoile de l’empire suit sa route » (De la marche, 1851).


1848

19-20 juillet Convention de Seneca Falls (New-York) sur les droits de la femme, réunissant trois cent femmes et une quarantaine d’hommes, dont Frederick Douglass, à l’initiative d’Elizabeth Cady Stanton et de Lucretia Mott, notamment. Décidée en 1840 à l’occasion de la Convention mondiale contre l’esclavage à Londres, dont les femmes avaient été tenues à l’écart, la Convention s’acheva sur une déclaration de principes affirmant l’égalité des sexes, réclamant l’émancipation de la tutelle masculine et la reconnaissance des droits civiques pour toutes.

1859

John Brown, un Blanc abolitionniste de 60 ans, tente le 16 octobre de s’emparer de l’arsenal de Harpers Ferry en Virginie, à la tête d’un groupe de 21 hommes, Blancs et Noirs, avec l’intention de lancer une révolte dans tout le sud esclavagiste. Sa troupe massacrée, il sera jugé à Charlestown et pendu pour trahison.

1860-1865

De vieilles divergences sociales, économiques et politiques, cristallisées dans les positions respectives sur l’esclavage, conduisent certains États du Sud à faire sécession au prétexte de l’élection d’un président « minoritaire ». S’engage une guerre entre le « Nord », en pleine industrialisation, fédéraliste et unioniste, et le « Sud », confédéré et sécessionniste, majoritairement agricole, tirant sa richesse de l’exploitation des esclaves (4 millions en 1860).

La victoire des nordistes, au prix d’une boucherie faisant plus d’un demi-million de morts, consacre l’arrivée au pouvoir des industriels et des banquiers. Il en résultera également l’affranchissement relatif des esclaves noirs, qui viendront grossir la concurrence dans les rangs d’une main-d’œuvre bon marché désormais alimentée par l’immigration de masse. S’ouvre l’ère du capitalisme sauvage et des barons voleurs, pudiquement appelée « Reconstruction » par l’histoire officielle.


1864

Le massacre fin novembre de 150 à 200 Cheyennes, hommes, femmes et enfants à Sand Creek, dans le Colorado, entraîne cinq ans d’une série de guerres dans les plaines du centre des États-Unis. Les batailles se focaliseront en particulier sur la construction du chemin de fer transcontinental, occasion de nouvelles confiscations de terres, d’accords transgressés et de massacres.

1866

Création du premier syndicat national étasunien, le National Labor Union (NLU), affilié à la Ière Internationale, qui s’ouvrira aux Noirs. Il disparaîtra en 1873 de compromissions politiques, sans acquis notable, sinon d’avoir ouvert la voie.

1867

Préféré aux Indes Occidentales Danoises (futures Iles Vierges étasuniennes, achetées en 1917) proposées au même moment par le Danemark pour 7 millions de dollars mais dévastées par un ouragan, l’Alaska est acheté à la Russie pour le même prix, enclavant un peu plus le Canada, toujours convoité.

1869

Naissance en décembre du Noble Order of Knights of Labor of America (Chevaliers du travail).

1871

Adoption de l’Indian Appropriation Act, qui ne reconnaît plus aux tribus le droit de traiter en tant que telles avec le gouvernement fédéral. Toutes les décisions concernant les amérindiens seront désormais prises au cas par cas et au niveau parlementaire ou gouvernemental, sans négociation.

1873

Krach financier consécutif à la surproduction industrielle du boom économique après la Guerre de sécession. En 1877, le pays comptera trois millions de chômeurs, la quasi totalité des travailleurs ne gagnant guère plus d’un dollar par jour pour des emplois précaires.

1876

¤ Création de la première Farmer’s Alliance, au Texas. Afin de se dégager d’un système de gage sur récolte, système d’endettement asservissant les petits fermiers aux fournisseurs, les Farmer’s Alliances mettent des ressources en commun — coopératives, achats groupés de matériel, etc. C’est le début d’un mouvement populaire qui va prendre en quelques années une ampleur considérable dans les campagnes, s’attirant des centaines de milliers d’adhérents et sympathisants.
¤ Juin - septembre Guerre des Black Hills, situées entre le Dakota du Sud et le Wyoming, qui culmine avec la bataille de Little Big Horn, où Cheyennes et Sioux, dirigés par Sitting Bull, massacrent le général Custer et sa compagnie. Montagnes sacrées des Sioux, reconnues par traité en 1868, les Black Hills ont été envahies après la découverte d’or. Les Lakotas seront pourchassés pendant deux ans, alors qu’une nouvelle loi réduira la réserve Sioux au dixième de ce qu’elle était.

1877

De nouvelles réductions de salaire dans les chemins de fer provoquent le plus grand mouvement de grève jusqu’alors, débordant les syndicats corporatifs, impliquant 100 000 travailleurs et paralysant la moitié du pays. La violence de la réaction d’état, une centaine de morts et des milliers d’arrestations, avec le concours de la troupe et des milices, brise le mouvement mais affermit la conscience de classe des travailleurs étasuniens.

1881

Samuel Gompers, en réaction à l’essor des Knights of Labor, défend son syndicalisme corporatif et forme l’embryon d’une confédération des syndicats de métier, la Federation of Organized Trades and Labor Unions, qui donnera naissance en 1886 à l’American Federation of Labor (AFL).

1883

Congrès anarchiste de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Socialistes révolutionnaires dissidents du Socialist Labor Party et divers groupes anarchistes étasuniens fusionnent dans l’International Working People’s Association, l’Internationale noire, première tentative de ressusciter l’Association internationale des travailleurs. Le manifeste du congrès, fortement influencé par le groupe de Chicago, dont Albert Parsons et August Spies, reflète ce qu’on appellera l’Idée de Chicago.

Différents courants, représentés en particulier par l’anarchiste allemand Johann Most, critiquent l’action syndicale et les revendications salariales ou horaires, conçues comme de vaines compromissions. Spies et Parsons sont quant à eux plus sensibles aux nécessités immédiates des travailleurs et au potentiel d’entraînement par la base de ces amorces révolutionnaires. Pratiquant une sorte d’anarcho-syndicalisme, ils soutiennent et relaient les syndicats de Chicago, dont ils comptent faire l’avant-garde de la société future, leur imprimant leur dynamique anarchiste, diffusant des journaux en plusieurs langues, organisant pique-niques et manifestations sociales ou culturelles, etc.


1886

Une nouvelle crise économique fait encore empirer les conditions de vie de la classe ouvrière et les grèves se multiplient. L’American Federation of Labor (AFL), à peine créée, lance un appel à la grève pour le 1er mai partout où la journée de huit heures n’est pas appliquée — d’abord dans l’intention de doubler les Knights of Labor. Mais ni les uns ni les autres n’ont réellement intérêt ni les moyens d’encourager un mouvement qui pourrait vite se radicaliser et les déborder. Le groupe anarchiste de Chicago se charge donc de le vitaliser, par l’intermédiaire du Central Labor Union qui contrôle les syndicats les plus puissants de la ville.

Les manifestations du 1er mai sont un succès, plus de 300 000 grévistes défilent pacifiquement dans les rues des grandes villes industrielles. Chicago paralysé devient le centre de la contestation. Le mouvement prend de l’ampleur les jours suivants et, le 3 mai, la police tire sur des grévistes devant l’usine McCormick Harvester Works. La réunion de protestation prévue le lendemain sur la place du Haymarket donne aux autorités l’occasion d’en finir.

La radicalisation de la base et la répression sans merci qui s’ensuit font de 1886 l’année charnière du mouvement ouvrier aux États-Unis et un sommet de la lutte des classes, désormais à nue dans ce pays.

Les anarchistes décimés, les Knights of Labor dans l’impasse de leurs contradictions et violemment réprimés, pendant que l’AFL jouait la collaboration de classe : les choix se faisaient plus clairs pour le mouvement ouvrier étasunien qui allait balancer pendant quarante ans entre syndicalisme révolutionnaire et intégration.


1887

8 février Loi Dawes de parcellisation des terres, faisant des amérindiens de petits propriétaires fermiers afin de dissoudre les sociétés tribales et démanteler les réserves. Indifférents à la propriété privée, escroqués par des spéculateurs blancs, les amérindiens perdront les deux-tiers de leurs terres jusqu’à l’abrogation de la loi en 1934.

1890

¤ 25 janvier Création des United Mine Workers (UMW), syndicat des mineurs, organisé par John Mitchell sur la base du syndicalisme industriel (tous métiers confondus, sans tenir compte des qualifications). Puissant par ses effectifs et sa doctrine, archétype des futures organisations syndicales étasuniennes, l’UMW, entraîné par son dirigeant, allait cependant verser dans la bureaucratie autoritaire et la collaboration de classe, au sein de l’AFL.
— Daniel DeLeon prend la tête du Socialist Labor Party (SLP), créé en 1876. Il fondera en 1895 le Socialist Trade and Labor Alliance, syndicat industriel national inféodé au SLP.
¤ 29 décembre : Massacre à la mitrailleuse de plus de 200 Sioux Minneconjous, hommes, femmes et enfants à Wounded Knee, dans le Dakota du Sud. Au recensement de 1896, on dénombrera moins de 300 000 « indiens », pour une population totale de 70 millions d’habitants.
¤ L’esclavage mobilier aboli et « inconstitutionnel », la ségrégation lui a succédé avec son institutionnalisation par « l’égalité dans la séparation ». Une première dissolution du Ku Klux Klan en 1871 n’empêcha pas non plus le lynchage de se banaliser et l’apartheid de s’installer dans les États du sud et ailleurs. Mais la résistance s’organise : Timothy Thomas Fortune fonde l’éphémère National Afro-American League, qui deviendra le National Afro-American Council en 1898, et les femmes se regrouperont en 1896 dans la National Association of Colored Women, notamment autour d’Harriet Tubman.

1893

La pire crise économique depuis 1877 relance le combat syndical malgré la répression, et fait aboutir un vieux projet d’Eugenes V. Debs : un syndicat regroupant tous les métiers du rail, l’American Railway Union (ARU), dans un secteur pourtant soumis à l’aristocratie ouvrière et au corporatisme le plus étroit. Debs voit en un an se rallier plus de 150 000 travailleurs du rail, dépassant l’effectif des corporations et rivalisant avec l’ensemble des syndicats du rail affiliés à l’AFL. L’ARU prendra la tête de la grève Pullman en 1894, impliquant 250 000 grévistes. L’intervention de la troupe à Chicago fera 13 victimes, provoquant l’arrestation de la direction de l’ARU et signant la mort du syndicat.
— La même année voit la création, sur le même principe, de la Western Federation of Miners (WFM), dans les mines des Rocheuses. Le syndicat se fait rapidement une réputation de violence, qui est en réalité à la mesure des conditions de travail et de la répression patronale. Affilié à l’AFL en 1896, il en claquera la porte l’année suivante pour créer en 1898 une centrale nationale, le Western Labor Union (qui deviendra l’American Labor Union en 1902), destinée à supplanter le syndicalisme corporatif d’affaires par le syndicalisme industriel. Après l’arrestation de ses principaux responsables, suite à la création de l’IWW, une tendance réformiste s’imposera, qui l’entraînera de nouveau vers l’AFL.

1894

Marche de l’Armée de Coxey sur Washington, « pétition vivante » de chômeurs pour la création d’emplois, entre autres dans les travaux publics. La marche de Coxey fait partie du vaste mouvement Populiste, largement basé sur les Farmer’s Alliances, qui vit le jour à la fin des années 1880 avec le ralliement d’une partie des Knights of Labor. D’origine agrarienne, le mouvement s’était étendu en s’impliquant, par la nature des problèmes auxquels il s’attaquait, dans des domaines aussi variés que l’économie, l’éducation ou la culture. Complexe, parfois antiraciste, il se rapprocha du mouvement ouvrier et se constitua en Parti populiste en 1890. Cette entrée dans le système électoraliste signera sa perte ; contraint aux compromis et compromissions, il sera absorbé par le Parti démocrate en 1896.

1898

Avril - août Guerre contre l’Espagne, après l’explosion mystérieuse du Maine, un navire militaire étasunien, dans le port de la Havane. Cuba passe de la domination espagnole à la tutelle étasunienne, qui s’étend au passage sur Porto-Rico. Mais cette guerre impériale est surtout une offensive sur le Pacifique et l’Asie. Le Congrès en profite ainsi pour annexer Hawaï, sous contrôle depuis 1893, et, en décembre, le traité de paix signé avec l’Espagne cède entre autres les Philippines aux États-Unis. Les philippins déjà en lutte contre l’emprise espagnole se soulèvent, mais sont écrasés dans un combat inégal et sanglant.

1900

Création de la National Civic Federation, sous les auspices, notamment, de Mark Hanna, sénateur républicain, considéré aujourd’hui comme l’un des précurseurs de la politique de concertation sociale du New-Deal des années 1930. Destinée à saper les bases du socialisme et du syndicalisme révolutionnaire, la NCF rassemble sous un vernis « progressiste » grands patrons et dirigeants syndicaux (dont Samuel Gompers de l’AFL et John Mitchell de l’UMW). Entre réformisme de façade et corruption, la NCF parviendra sans violence à briser de grands mouvements de grève, avec le concours de syndicats.

1901

La fusion entre le Social Democratic Party et une aile du Socialist Labor Party donne naissance au Socialist Party of America sous la direction d’Eugene Debs.

1904

Novembre Six syndicalistes industriels — Clarence Smith et Thomas Hagerty, respectivement secrétaire de l’American Labor Union et éditeur du journal du syndicat, The Voice of Labor, George Estes et W. L. Hall de l’United Railway Workers, Isaac Cowen de l’Amalgamated Society of Engineers et William Trautmann, éditeur du journal de l’United Brewery Workers — appellent les principaux dirigeants ouvriers à se rencontrer à Chicago en janvier de l’année prochaine, pour jeter les bases d’une grande organisation ouvrière industrielle révolutionnaire.

1905

¤ 2 janvier 23 dirigeants de syndicats industriels réunis à Chicago rédigent un manifeste du syndicalisme industriel, largement diffusé, qui appelle tous les socialistes à se retrouver le 27 juin à Chicago pour fonder le nouveau syndicat.
27 juin Après un an et demi de préparation, c’est William « Big Bill » Haywood, tonitruant, qui ouvre le premier congrès de ce qui sera les Industrial Workers of the World avec les soutiens - entre autres - des CGT française, par l’intermédiaire d’Émile Pouget, et allemande via Karl Lieger. Parmi les 200 délégués venus de tous les horizons de la gauche étasunienne, le congrès réunit les grandes personnalités du radicalisme ouvrier U.-S. de l’époque, aujourd’hui figures de légende comme, outre Big Bill Haywood, le dirigeant socialiste Eugene V. Debs, Mary « Mother » Jones, des United Mine Workers ou encore Lucy Parsons, veuve d’un des huit du Haymarket. Malgré de profondes dissensions entre des courants parfois radicalement opposés, la constitution est adoptée à l’unanimité.
— Organisé en grands secteurs industriels sur la base de la lutte des classes et internationaliste, sans considération de métier, de qualification ou d’origine, laissant l’initiative aux sections syndicales locales, l’IWW engage ses premières luttes et met en œuvre les tactiques et stratégies qui feront la réputation du syndicat, notamment à Goldfield, Schenectady ou McKees Rocks. Simultanément s’engagent les campagnes pour la liberté d’expression, notamment à Seattle, Missoula ou Spokane : partout où les autorités essaient d’entraver le recrutement par l’interdiction des discours publics.
¤ Le Mouvement du Niagara, inspiré et mené par W. E. B. Du Bois, réunit les grands leaders noirs à la frontière avec le Canada, clarifiant et radicalisant les termes de la lutte des Afro-Américains pour les droits et la dignité ; le Mouvement du Niagara aboutira en 1909 à la création de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP).

1906

Incarcération sans suite, pendant plus d’un an, de Big Bill Haywood et des autres dirigeants de la Western Federation of Miners (WFM, membre majoritaire de l’IWW) victimes d’un coup monté ;
— A la direction IWW : déposition du président Sherman et suppression du poste, remplacé par un organisateur général ; exclusion des syndicalistes corporatifs « purs et durs » ;
— l’IWW relaie à Goldfield (Nevada) le travail de la WFM parmi les mineurs et gagne la journée de huit heures, qui profite à tous les salariés de la ville. Après avoir organisé en 1907 une grève générale de deux heures en commémoration de la révolution russe de 1905, le syndicat se heurtera en 1908 à l’association du patronat local et de l’AFL qui, exacerbant les divisions et la violence (St. John y perdra l’usage de sa main droite), provoquera l’intervention de la troupe ;
— occupation IWW de l’usine de la General Electric à Schenectady (New-York), première grève sur le tas de l’histoire des États-Unis ;
— Première campagne IWW pour la liberté d’expression à Toronto au Canada ;
— création de cinq branches IWW au Canada, en Colombie Britannique, dont une Lumber Handlers Job Branch qui comprend des autochtones ;
— de petits groupes de marins diffusent au Royaume-Uni la propagande du syndicalisme industriel IWW.

1907

Création du premier syndicat industriel affilié à l’IWW : le National Industrial Union of Textile Workers ;
— Grèves et mouvements IWW dans le textile à Skowhegan (Maine) et à Mapleville (Rhode Island) ;
- dans la fonderie à Tacoma (Washington - journée de huit heures et augmentation de salaire) et à Bridgeport (American Tube and stamping company - Connectitut) ;
- dans l’industrie du bois à Portland (Oregon), Humboldt County (Californie), Missoula (Montana) et à Vancouver au Canada (Colombie Britannique).
— Grève des mineurs menée par les IWW en Nouvelle-Galles du Sud et au Victoria (Australie).

1908

Première crise IWW, ébranlé par la violence de la répression et les dissensions internes entre « autoritaires » et « libertaires » :
- départ de la Western Federation of Miners (WFM). Elle rejoindra l’AFL en 1911 ;
- scission, puis exclusion de DeLeon et autres membres du Socialist Labor Party, partisans d’une action politique sous la direction d’une élite doctrinaire, opposés aux pragmatiques antiautoritaires partisans de l’action directe, réunis autour de Big Bill Haywood et Vincent St. John (désigné organisateur général du syndicat).
— Les mêmes dissensions partagent les IWW britanniques, mais c’est la tendance deléoniste, rebaptisée British Advocates for Industrial Unionism qui prend d’abord le dessus et mène de grandes grèves - en particulier dans la région industrielle du centre de l’Ecosse ;
— Les IWW australiens mènent la grève des transporteurs de Sydney.

1909

Création de l’Industrial Worker à Spokane (Washington), journal IWW pour l’ouest des États-Unis, et de Solidarity à New Castle (Pennsylvanie), pour l’est du pays ;
— l’IWW prend la tête de la grève à la Pressed Steel Car Company de McKees Rocks en Pennsylvanie, mouvement spontané d’ouvriers pour la plupart immigrés. Malgré des résultats mitigés, le mouvement fait tâche d’huile les années suivantes dans toute la sidérurgie autour de Pittsburgh, grand centre industriel de la côte Est, et démontre qu’il est possible d’organiser les « inorganisables », sans qualification et immigrés en l’occurence ;
— campagnes pour la liberté d’expression à Missoula (Montana) et Spokane (Washington).
— Après une nouvelle grève à Broken Hill, les IWW australiens sont poursuivis pour sédition ;
— les IWW britanniques s’engagent dans la grève du Ruskin College, à Oxford, qui donnera naissance au mouvement d’éducation révolutionnaire, la Plebs League, et au Central Labour College marxiste. Ils participent également à la création du premier journal ouvrier, le Daily Herald.

1910

Mouvements et grèves IWW dans la sidérurgie à Hammond (Indiana), dans le bâtiment à Chicago, dans l’industrie du textile à Pittsburgh (Pennsylvanie), Brooklyn (New-York) et Chicago, où sont expérimentées les tactiques d’action directe destinées à contourner la violence étatique et patronale, tout en favorisant l’initiative sur les lieux de travail : « sabotage » et « résistance passive » font leur apparition dans la presse IWW ;
Big Bill Haywood en tournée en Europe, notamment au pays de Galles, où il aurait notamment inspiré The Miners Next Step, brochure publiée en 1912 et considérée comme une des expressions majeures du syndicalisme industriel de l’époque ; rencontre Tom Mann en Angleterre, Pierre Monatte et Alfred Rosmer en France ;
— Avec l’aide des IWW australiens, la littérature IWW est traduite et diffusée en Chine, jusqu’en 1916, exerçant une certaine influence à Canton et Shanghai.

1911

Grèves et mouvements IWW chez les fabricants de chaussure à Chicago et dans le matériel ferroviaire à l’American Locomotive Company (Alco), entreprise géante née de la fusion d’une dizaine de compagnies, basée à Schenectady (New York) ;
— campagne pour la liberté d’expression à Fresno (Californie) et Aberdeen (Washington) : décret, emprisonnements, violences mais victoire finale des wobblies. Plusieurs villes de la côte Ouest renoncent à recourir à des décrets interdisant la prise de parole sur la voie publique de peur de voir affluer les wobs.
— Les IWW s’engagent résolument dans la révolution magoniste en Basse Californie, au Mexique, et envoient un contingent pour la défendre les armes à la main ;
— Les IWW canadiens revendiquent 10 000 adhérents, dans les mines, le bois, l’agriculture, les docks et le textile ;
— En Irlande, James Connolly, IWW à son retour des États-Unis, adhère à l’Irish Transport and General Workers Union de Jim Larkin qui, laissant la direction de l’ITGWU à Connolly, s’investira lui-même dans l’IWW pendant son séjour aux États-Unis à partir de 1914 et assistera aux funérailles de Joe Hill ;
— Création de l’IWW sud-africain, explicitement antiraciste mais éphémère (le syndicat en tant que tel disparaîtra en 1913) et organisant essentiellement des travailleurs blancs non qualifiés. Les wobblies sud-africains seront cependant à l’origine du premier syndicat ouvrier noir en 1917.

1912

Création du Forest and Lumber Workers Industrial Union IWW ; grève dans l’industrie du bois de la région de Gray’s Harbor (à Hoquiam, Raymond, Cosmopolis et Aberdeen, dans le Washington) ; une grève nationale est lancée mais échoue ;
— fondée en 1910 dans le sud ségrégationniste (Texas, Louisiane) avec le soutien de l’IWW, la Brotherhood of Timber Workers (BTW, Confrérie des bûcherons) s’affilie au syndicat et, sous l’impulsion de Covington Hall en particulier, mène des grèves retentissantes entre 1912 et 1913, atteignant plus de 20 000 adhérents, hommes, femmes, Blancs, Noirs ou Latinos ;
— grèves et mouvements IWW dans le textile à Lawrence, Lowell et New Bedford (Massachussets), dans le tabac à Pittsburgh et McKees Rock (Pennsylvanie), dans les manufactures de piano à New York, dans la raffinerie alimentaire à Edgewater (New York) et Shadyside (New Jersey)...
— apparition du terme « wobbly » pour désigner les IWW ;
— campagne IWW pour la liberté d’expression à San Diego (Californie) et Vancouver (Canada) ;
— les succès de l’IWW comme du Socialist Party of America d’Eugene Debs, largement composé de wobblies, exacerbent les divisions et les ambitions : alors que William Z. Foster quitte l’IWW, l’aile réformiste du SPA fait passer un amendement pour l’exclusion de tous les propagandistes du « sabotage ». Big Bill Haywood, membre du Comité exécutif national du SPA, se fait virer, entraînant derrière lui tous les autres wobblies ;
— A l’étranger :
- bien implantés en Colombie Britannique (Canada), les IWW lancent une grève contre les conditions de travail insupportables sur le chantier de la Canadian Northern Railway, qui s’étend à la compagnie Grand Trunk, et inaugurent le « piquet de grève d’un millier de kilomètres » par l’occupation des bureaux de recrutement de Vancouver, Seattle, Tacoma, San Francisco et Minneapolis pour empêcher l’embauche de jaunes ;
- au Mexique, plusieurs syndicats adoptent conjointement le Préambule IWW ;
- création de l’IWW néo-zélandais. Le syndicaliste Tom Barker, poursuivi pour sédition pendant les grandes grèves de 1912 à 1913, s’enfuit en Australie où il continue la lutte.

1913

Création du Marine Transport Workers Industrial Union IWW (MTW), suite à un mouvement spontané des dockers de Philadelphie (Pennsylvanie) ; grève des dockers à Duluth (Minnesota), affiliation au MTW ;
— grèves de la Brotherhood Timber Workers contre l’American Lumber Company et à Sweet Home (Louisiane) ;
— grèves et mouvements IWW dans le textile à Paterson (New Jersey), Ipswitch (New York) et Baltimore (Maryland), dans l’hotellerie à New York, dans le tabac à Pittsburgh (Pennsylvanie), dans le caoutchouc, l’automobile et la sidérurgie à Detroit (Michigan), Akron et Toledo (Ohio) ;
— émeute de Wheatland et répression consécutives à un mouvement de revendication initié par les IWW sur les terrains agricoles californiens de E. B. Durst, qui surexploitait les ouvriers journaliers itinérants. Après un procès truqué, Richard « Blackie » Ford et Herman Suhr sont condamnés à 15 ans de prison pour meurtre. La sentence lance un vaste mouvement de solidarité qui favorisera la création de l’AWO.

1914

¤ Nouvelle crise économique.
¤ Grandes grèves IWW dans les champs agricoles californiens ;
— campagne pour la liberté d’expression à Sioux City (Iowa) ;
— organisation IWW des chômeurs :
- manifestation à Detroit, Convention à San Francisco ; à New-York, menés par Frank Tannenbaum, les chômeurs occupent des églises ;
- au Canada, la Ligue des Chômeurs d’Edmonton fondée par l’IWW réclame du travail pour tous, sans considération d’origine, et la distribution sans condition de tickets d’alimentation échangeables dans tout restaurant — revendications qui seront acceptées en partie par la ville au début de l’année ;
— Toujours à l’étranger : création de Direct Action, journal IWW australien.
¤ 28 juillet Début de la première guerre mondiale.

1915

L’IWW deléoniste dissidente de Detroit se dissout ;
Avril Fondation à Kansas City, sous la responsabilité de Frank Little, d’un syndicat agricole national affilié à l’IWW, l’Agricultural Workers’ Association (AWO - plus tard Agricultural Workers Industrial Union 110), qui va rapidement s’attirer des milliers de travailleurs jusqu’alors difficiles à organiser, entre mobilité géographique et discriminations raciales, issus des grandes plaines du centre du pays (Oklahoma, Kansas, Nebraska, Dakota du Sud et du Nord) ;
19 novembre Exécution de Joe Hill ;
— En Australie, un discours du premier ministre Hughes à Brisbane est interrompu par des IWW qui se rallient la foule en décomptant un K.O. Un appel sybillin au sabotage diffusé dans les vergers du Victoria fait par ailleurs grimper les salaires des cueilleurs.

1916

Mouvements et grèves IWW dans les mines de Mesabi Range et Vernillion (Minnesota - réduction du temps de travail et augmentation des salaires), Cayuna Range (Michigan) et Scranton (Pennsylvanie), dans l’industrie de la chaussure à Philadelphie, dans la sidérurgie à Detroit, parmi les femmes de ménage à Denver (Colorado), chez les dockers de Duluth et Two Harbors (Minnesota), dans le bardeau à Everett (Washington) ;
5 novembre Massacre d’Everett ;
— dissolution de la Brotherhood of Timber Workers, décimée par la répression, et du National Industrial Union of Textile Workers, dont les sections syndicales restent affiliées à l’IWW ;
— la convention IWW adopte une résolution contre la guerre ;
— Grève IWW de pêcheurs aux Iles Fidji ;
— Australie : débrayages et mouvements de revendication IWW en Nouvelle-Galles du Sud sur le chantier du chemin de fer et dans les mines de Broken Hill ; le 13 août, les principaux dirigeants wobbly sont raflés, puis condamnés en décembre à des peines de 5 à 15 ans de prison pour entrave à l’effort de guerre ;
— En Irlande, James Connolly, à la tête des insurgés de Dublin, est fait prisonnier puis exécuté pendant les « Pâques sanglantes ».

1917

¤ 6 avril Entrée en guerre des États-Unis.
¤ Quatre nouveaux syndicats industriels IWW : Oil Workers Industrial Union (pétrole), Metal Mine Workers Industrial Union (mines), Lumber Workers Industrial Union (bois) et General Construction Workers Industrial Union (bâtiment) ;
— mouvements et grèves IWW dans les mines de Butte (Montana) et de l’Arizona par solidarité, de Virginia (Minnesota) et Gogebic Range (Michigan), dans le bâtiment à Exeter (Californie), Seattle (Washington) et Rockford (Illinois), dans l’industrie du bois à Fontana River (Montana) et dans la région de Spokane (Washington) - emportant la journée de huit heures pour tout le Nord-Ouest ;
— l’Idaho et le Minnesota adoptent des lois contre le « syndicalisme criminel » ;
— création du Comité de Défense IWW des prisonniers politiques ;
22 juin Lynchage de Frank Little ;
12 juillet Rafle et déportation des mineurs de Bisbee (Arizona) ;
Septembre Perquisitions dans les locaux IWW, destruction des archives, arrestations.
— En Australie, l’IWW désormais interdit continue la lutte malgré la répression et participe à la grève générale ;
— Au Mexique, l’IWW prend la tête du mouvement contre les taxes imposées par les propriétaires étasuniens sur le pétrole et les salaires.
¤ 7 novembre La Révolution d’octobre en Russie avive l’espoir d’une révolution sociale internationale imminente, qu’elle allait entretenir longtemps, et allume pendant deux ans des foyers insurrectionnels à travers le monde, plus ou moins rapidement mais tous aussi brutalement écrasés.

La stratégie centralisatrice de Lénine, dans le contexte spécifique à la Russie révolutionnaire de 1917, sachant s’appuyer en particulier sur les conseils ouvriers hérités de 1905, permit au Parti bolchevique de ramasser le pouvoir et de le conserver en le consolidant malgré la guerre civile, les interventions étrangères et une situation économique désastreuse. Or ce modèle, incarné dans le Parti, vite érigé en principe universel et sacralisé par le succès de la Révolution d’octobre, tout en profitant à divers autocrates, hypothèquera pour au moins soixante-dix ans presque toutes les autres tentatives de révolution sociale, bientôt compromises, de gré ou de force, avec les seuls intérêts de l’État soviétique.

Les quelques gages de socialisme dispensés par l’empire soviétique et l’épouvantail communiste, agité opportunément à des fins impérialistes ou de police intérieure, seront malgré tout des facteurs importants dans la transformation du capitalisme au XXe siècle.


1918

¤ 1er avril Début du grand procès de Chicago contre une centaine de responsables IWW. Après cinq mois d’audience, 15 wobs sont condamnés à 20 ans de prison (dont Big Bill Haywood et St. John), 35 à 10 ans de prison, 33 à 5 ans et 12 à un an.
— En septembre, le Canada met 14 organisations hors la loi, dont l’IWW ; leurs membres s’exposent à 5 ans de prison.
¤ 11 novembre Armistice de Rethondes, fin de la première guerre mondiale. Elle aura fait plus de 8 millions de morts et plus de 20 millions de blessés. Sur les 3 500 000 hommes mobilisés par les États-Unis, près de 50 000 n’en sont jamais revenus et 230 000 autres auront été blessés.

1919

¤ 5 - 11 février Grève générale à Seattle (Washington) ; pendant cinq jours, les grévistes gèrent pacifiquement et efficacement cette agglomération de quelques centaines de milliers d’habitants. Les wobblies y participent activement ; 39 d’entre eux seront arrêtés après la grève. D’autres grèves générales sont lancées à Butte (Montana), Toledo (Ohio) et Winnipeg (Canada).
— Grèves et mouvements IWW dans l’industrie du bois, chez les draveurs en particulier, chez les mineurs de Butte (Montana) et Oatman (Arizona) pour la journée de 6 heures, et sur les quais de Philadelphie (Pennsylvanie) ; à Superior (Wisconsin), les wobs repoussent un assaut de miliciens contre leur local.
7 novembre Début des « rafles Palmer », du nom du ministre de la justice, contre les opposants radicaux et « ennemis de l’étranger » - comme Emma Goldman et Alexander Berkman, qui seront expulsés. Entre 1919 et 1920, des milliers de militants seront emprisonnés lors de grandes vagues d’arrestations, avec une préférence particulière pour les wobblies. Les procès de Sacramento et Wichita envoient par exemple 2000 IWW en prison.
11 novembre lynchage de Wesley Everest à Centralia (Washington) ;
— L’interdiction du syndicat est levée au Canada, deux branches se forment à Toronto et Kitchener ; les charpentiers de l’Ontario rejoignent l’IWW ;
— fondation de l’IWW chilien à Santiago, regroupant des enseignants radicaux, des dockers et des anarcho-syndicalistes ;
— officialisation de l’IWW mexicain ;
— création d’un Marine Transport Workers IWW à Buenos Aires, en Argentine ;
— 16 000 mineurs russes fondent un syndicat en Sibérie et adoptent le préambule IWW.
¤ Le journal afro-américain de Cyril Briggs, The Crusader, annonce la création de l’African Blood Brotherhood (ABB), organisation révolutionnaire secrète d’auto-défense armée contre les agressions racistes et les lynchages, dont elle rend responsable l’oppression capitaliste. Après une collaboration tendue avec Marcus Garvey, son orientation marxiste conduira l’ABB vers le Communist Party.

1920

¤ Grève du Marine Transport Workers IWW à Philadelphie ; accusé sans preuve d’avoir chargé des armes à destination des contre-révolutionnaires russes, le MTW est suspendu par le Comité exécutif général contrôlé par les communistes ;
— Publication en août, dans Solidarity, d’un appel de Zinoviev à rallier le Komintern, entre ton conciliant et menaces implicites. Tout en soutenant le projet de l’Internationale communiste, les IWW refusent la subordination au parti et l’autoritarisme qu’exige l’adhésion ;
- au même moment, dans sa brochure dénonçant La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), Lénine, flattant de sa main gauche les « disciples de Daniel DeLeon », tance de sa main droite les IWW, qui « prêchent l’abandon des syndicats réactionnaires et se refusent à y travailler ». William Z. Foster, tout juste ridiculisé par les dirigeants de l’AFL, n’en a apparemment pas informé le dirigeant bolchevique.
— Au Chili, l’IWW se développe rapidement avec la publication d’une dizaine de journaux dans 5 villes différentes, et mène pendant trois mois une campagne contre l’exportation agricole en pleine période de famine, source de profits juteux ; le gouvernement réagit par une répression sans pitié, raflant les adhérents et dynamitant les locaux du syndicat ;
— après avoir participé à des grèves IWW au Mexique pendant son exil, Sandino importe au Nicaragua l’esprit wobbly et adopte le drapeau rouge et noir ;
— au Royaume Uni, le mouvement des Shop Stewards (délégués d’atelier) et l’IWW conviennent d’apparenter leurs cartes de membre respectives.
¤ Août Fondée en 1914 par Marcus Garvey, l’Universal Negro Improvement Association and African Communities League (UNIA) tient sa première convention au Madison Square Garden de New York. Appelant la diaspora noire et tous les africains à s’unir, l’UNIA prône un retour à l’Afrique ; elle inspirera aussi bien le Black Nationalism des années 1960 que le rastafarisme.

1921

Le Marine Transport Worker de Philadelphie reprend la lutte ;
— le rapport des délégués de l’IWW et de l’OBU canadien au retour du congrès de l’Internationale des syndicats rouges (ISR) convainc les wobblies de ne pas adhérer à cet organe du parti communiste ;
— libérés sous caution, Haywood et huit autres wobblies s’enfuient après le rejet de leur appel ;
— Les IWW chiliens contraignent les autorités à réouvrir leur local à Tampico après une grève générale.

1922

L’IWW se remet peu à peu de la vague de répression des années précédentes et recrute de nouveau, massivement (100 000 adhérents en 1924) ;
— le Marine Transport Workers mène la lutte à Philadelphie et, aux côtés de l’International Longshoremen’s Association (ILA), à Portland (Oregon), mais doit se défendre contre les sbires de l’ILA à Hoboken (New Jersey) ;
— grèves IWW sur les voies contre la Great Northern Railroad, dans la construction en Oregon, à San Francisco et Fresno en Californie et dans le Washington, dans les mines de Bingham Canyon (Utah) et Butte (Montana) ;
— Fondation d’un syndicat IWW en Equateur.

1923

Grèves IWW dans la construction à Fresno ;
— en mai, grève du MTW immobilisant 90 bateaux dans la baie de San Pedro (Californie) et campagne pour la liberté d’expression - Upton Sinclair est arrêté par la police en pleine lecture de la Déclaration des Droits ;
— mouvement pour la libération des prisonniers politiques à San Pedro, Aberdeen (Washington), New York, Baltimore (Maryland), Philadelphie (Pennsylvanie), Mobile (Alabama) et Galveston (Texas), conduit par les Lumber and Construction Unions IWW dans le Washington et l’Oregon, qui aboutit le 15 décembre : le président Coolidge commue les peines.
— L’IWW canadien compte trois branches importantes de plus, Marine Transport Workers à Vancouver et Lumber Workers (bois) à Cranbrook (Colombie Britannique) et Vancouver ;
— Pérou : l’IWW mène la grève pour la réintégration d’un cheminot viré après 20 ans de service ; le mouvement de solidarité va au bout malgré la proposition d’un pot-de-vin de 50 000$.

1924

Sans cesse attaqués par la droite et minés par la gauche, la plupart de leurs organisateurs historiques emprisonnés, morts ou en fuite, les IWW perdent finalement leur cohésion dans des querelles internes sur l’organisation du syndicat. Parmi les facteurs de discorde, on distingue généralement la rupture entre les Four Treyers « centralistes » et les EP’ers « anticentralistes » de l’Emergency Program. Mais ces dénominations tranchées, répétition d’une vieille dispute récurrente, recouvrent en réalité une situation plus complexe et obscure, mêlant rivalités personnelles et maladresses stratégiques. Toujours est-il que le XVIe congrès se termine dans la confusion et la division, qui se prolongeront au moins jusqu’en 1931 et la dissolution de l’Emergency Program. Le déclin commence. Sans jamais abandonner la lutte, restant bien implanté et actif dans plusieurs industries et régions, l’IWW perdra cependant son influence déterminante sur le syndicalisme étasunien en tant qu’organisation et verra le nombre de ses adhérents divisé par dix en 1930.

Par ailleurs, les IWW se déchiraient à un moment de crise générale du mouvement ouvrier étasunien. Seuls véritables vainqueurs de la première guerre mondiale, les États-Unis retrouvaient une économie florissante, et la mécanisation massive comme la naissance de la société de consommation achevaient de rendre obsolète le syndicalisme de métier. Le syndicalisme dans son ensemble était asphyxié de l’extérieur par l’oppression étatique et patronale, de l’intérieur par la collaboration de classe et le noyautage communiste. Il fallut attendre une nouvelle grande crise économique pour voir les principes et pratiques wobbly revenir sur le devant de la scène, mais débarrassés de leurs fins révolutionnaires.


1929

Un krach boursier met à nu la faiblesse structurelle du capitalisme étasunien et entraîne le pays dans la Grande Dépression, avant de s’étendre pendant les années 30 au monde entier, achevant de déstabiliser les pays européens affaiblis par la Première Guerre mondiale.

1933

Avec plus de 13 millions de chômeurs (entre 25 et 33% de la population active) et une production industrielle diminuée de moitié, la crise économique provoque des soulèvements de plus en plus inquiétants pour le pouvoir. Roosevelt fraîchement élu président met en œuvre son New-Deal, « nouvelle donne » destinée à relancer l’économie et apaiser les conflits sociaux par l’intervention de l’État. Les concessions au mouvement ouvrier, en particulier, paraissent à première vue d’importance : le National Industrial Recovery Act (NIRA) reconnaît enfin le droit des travailleurs à s’organiser librement.
— Les IWW organisent les chômeurs depuis quelques années, en particulier à New York, Chicago et Portland ; ils lancent un mouvement précurseur dans l’automobile à Detroit : une grève sur le tas à l’usine de Briggs Highland gagne une hausse de salaire, mais l’échec de la grève de Murray Body met un terme au mouvement.

1935

L’afflux de travailleurs non qualifiés dans le syndicat, conséquence du NIRA, déstabilise l’AFL qui ne sait qu’en faire, les parquant d’abord dans des syndicats fédéraux, industriels mais subordonnés aux syndicats de métiers. Les tentatives d’organisation sur une base industrielle étant toutes sabotées par la direction de l’AFL, une importante minorité se forme en son sein qui essaie de la réformer : le Comitee of Industrial Organizations. Le Comitee sera aidé dans sa tâche par le Wagner Act, un renforcement de la loi sur la liberté syndicale créant un organe d’arbitrage destiné à vérifier le respect de la loi : le National Labor Relation Board (NLRB). Les relations notoires entre Roosevelt et Lewis (le dirigeant des United Mine Workers) favoriseront également la tendance industrielle, tout en laissant présager la nature de son orientation.

1938

Le Comitee of Industrial Organizations quitte l’AFL et devient le Congress of Industrial Organizations (CIO). Un million de travailleurs se retrouvent ainsi dans le nouveau syndicat, autour des United Mine Workers de John Lewis et des communistes, qui ont su profiter opportunément des vagues de grèves sur le tas des trois dernières années. Impulsé par la base, elle-même encouragée et soutenue par des wobblies, le succès du CIO est rapidement confisqué par ses dirigeants, qui règlent les conflits en accord avec le gouvernement par dessus la tête des travailleurs. Le syndicalisme industriel, révolutionnaire pour les IWW, qui cherchaient à remettre immédiatement l’appareil de production entre les mains des ouvriers, devient avec le CIO un instrument de contrôle social adapté aux nouvelles conditions de travail et de production.

1942

La mobilisation dans la Seconde Guerre mondiale permet de premiers ajustements aux avancées sociales des années 1930 accordées aux ouvriers. Les syndicats, AFL comme CIO renoncent, entre autres, à faire grève pendant la durée de la guerre. Les United Mine Workers quittent le CIO, autant pour défendre l’indépendance syndicale que pour suivre la tendance isolationniste de leur dirigeant sur le plan international.

1943

Grève des mineurs, qui parvient à faire céder le gouvernement malgré l’union sacrée.

1945

¤ 2 septembre Fin de la deuxième guerre mondiale. Elle aura fait plus de cinquante millions de morts, en majorité civiles, dont près de 300 000 pour les États-Unis (exclusivement militaires). Entre autres atrocités, deux barbaries incomparables et sans précédent distinguent ce conflit et déterminent depuis en partie les relations internationales.

En Europe, l’entreprise nazie de purification raciale, qui se déchaîna au tournant de la guerre en 1941-42, relayée et parfois anticipée par les administrations locales des pays occupés ou annexés, extermina méthodiquement à elle seule, par travail forcé, famine, fusillade et surtout procédés industriels une dizaine de millions d’hommes, femmes, enfants et vieillards juifs, tziganes, homosexuels, malades mentaux, prisonniers politiques et prisonniers de guerre « slaves » — autant de « sous-hommes » et de « bouches inutiles ».

Au Japon, les bombardements atomiques étasuniens sur Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945, provoquèrent la mort instantanée de 150 000 civils et feront plusieurs centaines de milliers d’autres victimes jusqu’à aujourd’hui ; officiellement destiné à épargner la vie de milliers de soldats étasuniens, l’usage de la bombe avait en réalité pour objectif de prendre un avantage stratégique décisif sur le rival soviétique, dans la perspective de l’après-guerre.
¤ La fin de la guerre voit se multiplier les mouvements de protestation contre les restrictions acceptées le temps de la guerre mais toujours en vigueur. En novembre, une grève pour les salaires lancée chez General Motors s’étend à toutes les grandes industries. Sans projet commun, chacun négociera de son côté.


1947

Le gouvernement profite de l’hystérie anti-communiste, qu’il excite lui-même, pour limiter encore les marges de manœuvre du mouvement ouvrier. La loi Taft-Hartley est votée le 23 juin. Elle soumet la reconnaissance des syndicats, gagnée en 1935, à des conditions qui les asservissent au bon vouloir du patronat et du gouvernement. Entre autres : préavis de 60 jours avant une grève ; révocation possible, une fois par an, des représentants syndicaux par le patron ; attestation obligatoire de non appartenance à la mouvance communiste ou radicale, laissée à l’appréciation des autorités. Le National Labor Relation Board, d’agence gouvernementale chargée de protéger les « droits » des travailleurs, devient leur censeur.
— A de rares exceptions près (l’UMW de Lewis claque de nouveau la porte de l’AFL, qu’il avait rejoint), tous les syndicats capitulent. Les communistes, qui jouissaient d’une relative bienveillance du fait de leur collaboration zélée à l’effort de guerre, et tenaient une place importante dans le CIO, se transforment soudain en pestiférés. Les enjeux de pouvoir poussent les dirigeants syndicaux à faire leur l’esprit de la loi. Le CIO adopte en 1949 des amendements anti-communistes et fonde avec l’AFL la Confédération internationale des syndicats libres, pour contrer la Fédération syndicale mondiale communiste. Tous deux se disputeront les places dans l’administration du plan Marshall. L’AFL prêtera son concours aux activités les plus crapoteuses des agences de sécurité étasuniennes, en Europe comme en Amérique du Sud et ailleurs, contre des syndicats jugés trop « rouges ».

1955

Réunification de l’AFL et du CIO. Fusion de compromis, elle redouble la structure bureaucratique sans rien changer sur le fond : syndicalisme corporatif et industriel sont déclarés aussi pertinents et toute référence à la lutte des classes est éliminée au profit de l’« intérêt général de tout le peuple américain ». Le syndicalisme d’affaires se voit même conforté par l’instauration d’une « agence centrale d’investissement », une clause anticorruption accroissant par ailleurs la centralisation.
— Les IWW ne sont plus qu’une cinquantaine.

1959

Une campagne d’état contre la corruption accouche d’une nouvelle loi antisyndicale : la loi Landrum-Griffin. Elle interdit en particulier à toute personne ayant un casier judiciaire de postuler à un poste de représentant syndical, excluant ainsi les syndicalistes condamnés pour leurs activités.






 

En cours de rédaction. A suivre...