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Revue de presse


Joe Hill et les IWW :
itinéraire d’un nomade inspiré

Si le militantisme peut n’être, par son côté sacrificiel, qu’une autre forme de l’aliénation, celui que pratiquaient ces compagnons d’un genre très particulier que furent les Industrial Workers of the World (IWW), demeure un contre-exemple salutaire. C’est sans doute la vraie – et essentielle – leçon qui se dégage de la lecture de cet ouvrage de Franklin Rosemont consacré à Joe Hill : lutter sans plaisir, c’est à coup sûr perdre.

Nous sommes bien loin ici, en effet, de tout ce discours directement hérité du culte des martyrs qui sous-tendit la pratique de bien des organisations ouvrières, même les plus glorieuses. Si le martyrologe et les rituels existèrent aussi aux IWW, ils furent plutôt minimalistes. Comme si la vie devait toujours gagner sur la mort.

Ce plaisir d’exister par la lutte, qui inonde les pages de ce livre, tient pour beaucoup à l’originalité de cette étrange organisation – mi-syndicat, mi-mouvement – qui précéda de quelque soixante ans l’irruption d’une contre-culture américaine, potentiellement radicale mais assurément moins ouvrière – que l’auteur, pourtant, n’hésite pas à inscrire dans la descendance des IWW. La thèse mériterait sans doute d’être nuancée, mais elle n’enlève rien à la valeur documentaire exceptionnelle de cet ouvrage qui, précise Rosemont, ne prétend pas livrer une histoire exhaustive des IWW, mais simplement « jeter un regard neuf sur le plus célèbre poète ouvrier américain et l’organisation révolutionnaire qu’il a fini par symboliser ». La figure de Joe Hill est donc au cœur de cette étude, mais d’abord comme reflet d’un monde disparu auquel Rosemont rend un vibrant hommage.

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De ce Joe Hill, on ne sait à vrai dire pas grand-chose. Né Joel Emmanuel Hägglund dans la ville portuaire suédoise de Gävle, en 1879, il est issu d’une famille luthérienne pratiquante. Son père, conducteur de train sur la ligne Gävle-Dala et dévot du Temple, meurt quand le gamin a six ans. Adolescent, Joel travaille dans une usine de cordes. Après le décès de sa mère, en 1902, il embarque pour les États-Unis, en compagnie de son frère aîné Paul. Arrivé à bon port – New York –, les services anthropométriques d’Elis Island le mettent en fiche sans se douter le moins du monde que ce gaillard de vingt-trois ans, mesurant un mètre quatre-vingts, portant cheveux brun foncé et affichant un regard bleu profond finira par être « une des figures les plus populaires, les plus détestées et les plus mystérieuses de l’histoire des États-Unis ».

Le goût pour l’anonymat constitue, sans doute, une des caractéristiques majeures de cette étonnante génération de parias par vocation et d’en-dehors par constance qui, en ce XXe siècle naissant, s’obstina à compliquer la tâche de leurs futurs biographes. On sait, par exemple, à quel point de génie Ret Marut - B. Traven poussa l’art de la fugue et de la dissimulation. Dans le cas de Joseph Hillstrom, dit Joe Hill – c’est ainsi qu’il décide de s’appeler sitôt entré aux États-Unis –, cette prédisposition à la dépossession de soi s’adapte à merveille à son destin de « vagabond rebelle ». Au point, nous dit Rosemont, qu’il deviendra l’archétype du hobo, cette figure emblématique de la grande confrérie wobblie des anonymes en bleu de chauffe, ces travailleurs itinérants n’existant, comme êtres singuliers, que dans le déplacement et se réalisant, comme être collectif, dans la fraternité des luttes.

« Désespérément maigres » sont donc les données biographiques sur Joe Hill. On l’a vu ici, on l’a vu ailleurs, comme le furet de l’histoire. On l’a vu ou on a cru le voir, car rien n’assure, après tout, que ce Joe faisant piquet de grève du côté de Cleveland ou de Pittsburgh n’était pas un autre, un semblable, un frère de cette vaste cohorte de fellow workers. Ce qu’on sait, en revanche, et ce sur quoi insiste Rosemont, c’est que Joe Hill éprouva, en 1911, « le plaisir de se battre sous le drapeau rouge » en plein Mexique insurgé et qu’il participa de près, en 1912, à la grande grève de la Fraser River, au Canada. Ce qu’on sait, à coup sûr, c’est que, au gré de ses errances, ce nomade inspiré devint l’auteur, compositeur et interprète le plus populaire de cet authentique « syndicat chantant » que furent les IWW, « une “star” incontestée du fameux Little Red Song Book [...] – la publication ouvrière américaine la plus diffusée de tous les temps ». Pour le reste, sa légende toujours vivante tient, bien sûr, aux tragiques conditions de sa disparition. Arrêté, accusé de meurtre et condamné à mort, Joe Hill fut exécuté, le 19 novembre 1915. Malgré une extraordinaire campagne de mobilisation ouvrière en sa faveur.

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En vingt-six chapitres, le livre de Rosemont restitue, par le menu, les lignes de force et l’imaginaire de ce « syndicalisme industriel révolutionnaire » qui se caractérisa, à la fois, par un art de vivre et une manière de lutter au quotidien. Il le fait à sa façon, évidemment passionnée. Car Rosemont ne cherche pas à inscrire son œuvre dans une quelconque démarche de valorisation historique. Pour lui, cette cause est entendue. Quant au hiatus constaté entre ce que représenta, effectivement, ce mouvement comme irruption émancipatrice absolue et ce qu’en dirent, en général, les experts en histoire sociale, il se contente de le constater. Il est vrai que ces condescendants analystes de l’histoire des IWW n’y ont vu, le plus souvent, que l’expression d’un millénarisme hors d’âge, une sorte de parenthèse utopique que le temps – entendons par là la marche triomphante du « communisme » bolchévisé – allait se charger de refermer. Aux yeux de l’historiographie dominante, dans sa double acception marxiste et bourgeoise, l’« échec » des IWW marquerait, in fine, la victoire de la raison – prolétarienne ou réformiste – sur le pittoresque libertaire de ces héritiers d’un révolutionnarisme encore plus daté que l’anarchosyndicalisme de la vieille Europe. Que cette raison ait accouché de monstres importe finalement peu à la science historique.

Il est probable que les mêmes experts en froides certitudes reprocheront à Rosemont son évidente empathie pour les IWW. Comme si la distance constituait, en soi, un gage de profondeur. Admettons-le, donc : l’auteur de cette somme ne croit pas à l’objectivité en matière d’histoire. Par ses parents – son père participa activement, de 1947 à 1949, à la plus grande grève de l’histoire de la Typographical Union de Chicago et sa mère, chanteuse et accordéoniste de jazz, fut membre de la Musicians’ Union –, mais aussi par son parcours propre – il est lui-même possesseur de la carte rouge des IWW depuis 1962 –, Rosemont se situe au cœur même de cette histoire. Comme descendant et comme continuateur. D’évidence, cette proximité induit une parenté que seule confère la connaissance du dedans. Au point que ce livre tient du roman familial, au sens de la famille élargie, celle qu’on s’est choisie librement et dont on est l’héritier volontaire. Que l’amour ait quelque chose à voir là-dedans, c’est sûr. Mais, après tout, cet amour-là peut aussi ouvrir le regard, celui que l’histoire froidement statistique rend si court.

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L’autre intérêt de ce livre, c’est d’explorer très minutieusement la dimension créative de cette « contre-culture ouvrière révolutionnaire » dont furent porteurs les IWW. Sur ce plan, l’apport – pour le coup, historique – de Rosemont est indéniable. À le lire, on comprend, en effet, en quoi cette curieuse organisation anti-hiérarchique sortit des sentiers battus de la stricte théorie critique pour inventer une culture populaire de la dissidence où la pratique de la chanson, de la poésie, de l’humour et de la parodie structura une joyeuse contre-société d’individus aussi attachés à cultiver la dérive que le goût d’être ensemble. Communément, cet aspect des choses échappe le plus souvent à l’analyse politique, décidément trop rationnelle pour saisir, ou simplement entrevoir, ce que toute lutte sociale digne de ce nom porte en elle d’écart absolu et de désir de ré-enchanter le monde. Le livre de Rosemont accorde, au contraire, une place de tout premier plan à ce domaine du sensible wobbly, qu’il étudie de très près. Pour ce faire, il fallait évidemment que l’auteur de ce Joe Hill manifestât une authentique passion surréaliste pour cette pratique du rêve émancipateur que représente, au sens large, l’expérience poétique. « Chez les IWW, note ainsi Rosemont, les téméraires protagonistes du romantisme révolutionnaire ouvrier soulevèrent la question de la poésie avec une urgence jamais perçue auparavant dans aucun mouvement ouvrier ou radical. » Au-delà de la figure tutélaire de Joe Hill, c’est donc au « surréalisme vernaculaire » de ces poètes ouvriers aux semelles de vent que Rosemont consacre ses plus belles pages. « Ce qui est réellement étonnant, note-t-il, c’est que tant de wobblies aient écrit de la poésie, qu’elle ait suscité un tel engouement dans tout le syndicat, et ait même exercé une certaine influence sur “l’avant-garde” artistique de l’époque. » Et de citer, comme autant de témoignages de cette incandescence poétique, les merveilleux exemples de Ralph Chaplin, Arturo Giovannitti, Laura Tanne et T-Bone Slim.

Cette attention particulière – et légèrement fascinée – portée par l’auteur à cette contre-culture wobblie lui vaudra sans doute, ici et là, d’être accusé de surévaluer cette dimension artiste du combat des IWW aux dépens des autres spécificités de cette galaxie militante. Ce serait oublier qu’il évoque – et abondamment – sa pratique de la solidarité ouvrière contre la « suprématie blanche », son attachement à la cause amérindienne, son féminisme assumé, son souci de combattre la religion sans se couper des prolétaires croyants, sa critique acerbe du léninisme incarné par le PC (dit « parti comique ») ou encore sa sensibilité à la thématique environnementale. En revanche, et pour le coup le reproche est plus fondé, Rosemont omet de s’interroger sur les causes – internes – de la progressive éclipse des IWW, au profit du PC notamment, à partir des années 1920. Comme si, à elle seule, la brutale répression – étatique, mais aussi stalinienne – dont furent victimes les membres de l’organisation suffisait à expliquer son irrémédiable déclin. Là réside, à l’évidence, le point faible de cette étude qui, à trop vouloir prouver la singularité de l’imaginaire des IWW, finit par ignorer qu’il fut autant défait par le ralliement d’une partie de ses militants au mouvement communiste que par les conditions mêmes de la mutation capitaliste au sortir de la Première Guerre mondiale.

S’interroger sur ce point d’histoire pourtant essentiel supposait, il est vrai, de moduler certaines ferveurs d’analyse quant aux bienfaits supposés de l’indétermination idéologique des IWW. Car s’il est vrai que les wobblies chevauchèrent allègrement – et, par bien des côtés, positivement – les frontières entre syndicat et mouvement ou entre un « marxisme en bleu de travail » à forte connotation antiautoritaire et un anarchisme existentiel du quotidien, on peut aussi voir dans ce refus de se définir une des causes de sa faible résistance à la montée des périls, intégrateur ou stalinien. Sur ce plan, une comparaison avec la très anarchosyndicaliste et très anti-marxiste CNT espagnole prouverait sûrement que l’adhésion de ses membres à un bloc imaginaire beaucoup plus rigide que celui des IWW ne fut pas sans effets sur sa pérennisation. Malgré la répression et les défaites qu’elle dut, elle aussi, subir.

Ces réserves mises à part, la parution française de ce Joe Hill, admirablement traduit et superbement annoté, mis en pages et illustré, est une excellente nouvelle pour qui s’intéresse à la permanence du vieux mythe émancipateur, plus nécessaire que jamais par les sales temps qui courent.

Freddy Gomez
À Contretemps, n° 34, mai 2009.

 


 

A travers la vie du poète et chansonnier Joe Hill, Franklin Rosemont, fondateur du surréalisme aux États-Unis, explore la culture romantique et rebelle d’un des syndicats les plus combatifs aux USA, l’Industrial Workers of the World (IWW).

Ce livre est une remarquable biographie de Joe Hill (1879-1915), poète, chanteur et héros du mouvement ouvrier aux États Unis. C’est aussi une belle étude de la culture rebelle de l’IWW, l’organisation syndicaliste révolutionnaire qui a réussi, au début du xxe siècle, à organiser les ouvriers les plus conscients et les plus combatifs. Son auteur, Franklin Rosemont, adhéra à l’Industrial Workers of the World (IWW) dès l’âge de 19 ans et est aussi l’auteur d’un important ouvrage sur la pensée d’André Breton.

Abondamment illustré par des gravures, caricatures et dessins faits par Joe Hill lui-même et par d’autres artistes « Wobblies » – terme qui désigne les militants de l’IWW – ce livre est la tentative la plus sérieuse jusqu’ici de reconstituer, au-delà des mythes et des mensonges, la vie, les rêves et les combats de cet homme dont le socialiste Eugene Debs célébrait le « tempérament poétique » et « la nature tendre, sympathique et généreuse ».

L’IWW, un syndicat chantant

Né en Suède, Joel Emmanuel Hägglund de son vrai nom émigre aux États-Unis en 1902. Travailleur migrant, il adhère en 1910 à l’IWW et devient très vite son chansonnier et poète le plus connu. En 1911 il prend part à la Révolution mexicaine, dans les rangs des magonistes, les partisans du leader anarchiste Ricardo Flores Magón, contre les troupes du dictateur Porfirio Díaz. Il dira plus tard de cette expérience : « Au moins une fois j’ai eu la chance de combattre sous le drapeau rouge... ». Auteur des chansons les plus populaires du mouvement ouvrier américain. il contribuera à faire de l’IWW un « syndicat chantant ».

En 1915, Joe Hill est arrêté à Salt Lake City, Utah, et accusé du meurtre d’un épicier. Sans aucune preuve, il est condamné à mort. Une importante campagne dans le monde entier exige un nouveau jugement, mais le gouverneur de l’Utah refuse toute concession. Quelques jours avant l’exécution, Joe Hill écrit une lettre à Bill Haywood, porte-parole de l’IWW : « Ne perdez pas de temps à vous lamenter, organisez-vous ». Raccourci par Haywood, c’est devenu un des mots d’ordre les plus populaires de l’IWW : Don’t mourn, organize (Ne vous lamentez pas, organisez-vous !).

Le 19 novembre 1915, Joe Hill est fusillé, un meurtre judiciaire comme celui des anarchistes de Haymarket (Chicago) avant lui, ou Sacco et Vanzetti après. Ses cendres sont apportées à Chicago, où 30 000 personnes assistent à ses funérailles, sous la bannière « In Memoriam - Joe Hill assassiné par la classe capitaliste ».

Assassiné par la classe capitaliste

Franklin Rosemont montre que Hill n’était ni un dirigeant ni un grand organisateur, mais plutôt un rêveur, un troubadour, un humoriste, un auteur de chansons parfois mélancoliques et pessimistes. Mais il était représentatif de la culture de l’IWW, d’inspiration romantique par son refus de la société bourgeoise, de la mécanisation et du mythe du progrès. La critique du capitalisme par ce mouvement n’était pas seulement économique et politique, mais aussi poétique, motivée par des désirs de liberté, de révolte, de défi.

L’IWW a commencé à décliner à partir de 1930, sans toutefois disparaître de la scène ; luttant contre le stalinisme dans le mouvement ouvrier, il s’allia avec des anarchistes et des trotskystes. Il exerça une réelle influence sur la Beat Generation et sur le mouvement étudiant des années 1960, le Students for a Democratie Society (SDS).

Sans mémoire du passé il ne peut pas exister d’espoir pour l’avenir. Comme l’écrivait Walter Benjamin, la tâche de l’historien critique c’est de sauver la tradition des opprimés du conformisme qui menace de l’effacer. Ce livre est une figure exemplaire d’historiographie critique.

Michael Löwy
Alternative libertaire, n° 185, juin 2009.

 


 

Pour la première fois traduite en français, la biographie que Franklin Rosemont consacre à Joe Hill est l’occasion de découvrir à travers la vie et la mort de cet immigré suédois aux États-Unis ce qu’a été l’existence des IWW au début du XIXe siècle. À la fois mouvement syndical pratiquant l’action directe sur des bases proches de celles des libertaires et mouvement utilisant la contre-culture comme moyen de lutte, les IWW regroupent en leur sein à la fois des anarchistes, des marxistes, des hommes, des femmes, des blancs, des noirs, des chinois et des hispaniques. Ce sont toutes ces influences qui ont à l’époque conféré sa force à ce mouvement, et lui ont permis d’élaborer une démarche syndicale et politique unique et efficace, dont les fins et les moyens sont toujours d’actualité. À l’heure où le syndicalisme peine à remporter des victoires dans les luttes sociales, ce livre est une façon d’enrichir les combats d’aujourd’hui grâce à ceux du passé.

Fred
Barricata, n° 20, hiver 2010.

 


 

Joe Hill, l’homme qui n’est jamais mort

Joe Hill faisait partie des Wobblies, ces syndicalistes itinérants du début du XXe siècle qui défièrent avec humour et pugnacité le patronat raciste et arrogant de l’Amérique du Nord. « Les Wobblies vivaient la révolution dont ils rêvaient. » Avec souplesse et innovation, ce qui ne caractérise pas le syndicalisme en général. Les membres de l’Industrial Workers of the World se rangeaient difficilement, mais on peut les classer dans l’ultra-gauche ou dans la gauche libertaire marxiste. Comme le disait un de ses soapboxers les plus connus, Bill Haywood : « Je ne sais pas grand-chose du Capital de Marx (Marx’s Capital) mais je porte en moi les marques du Capital (marks of Capital). » Un autre, Fred Thompson, ajoutait : « Vous ne pouvez pas mettre en pratique les choses si vous les sacralisez. »

On se prête à rêver quand l’auteur nous les décrit ainsi : « Tout ce qu’ils possédaient vraiment c’étaient des chansons, des poèmes, de l’imagination, de la détermination, de la solidarité », car pour eux « Un tort fait à l’un est un tort fait à tous. »

Aux antipodes de nos partis de gauche actuels et même de la plupart de nos syndicats, l’IWW n’avait qu’un programme : « L’abandon total du contrôle de l’industrie à l’Union ouvrière. » Quand on leur demandait qui étaient leurs leaders, ils répondaient tout bonnement : « Nous sommes tous des leaders.
— Et quelles sont vos revendications ?
— Nous voulons tout ! »

Pour ces hommes, le sabotage consistait en une retenue des capacités de l’ouvrier, un ralentissement, ce qu’on nomme grève du zèle. En avance sur les membres de certains partis ouvriers français, leur doctrine consistait à refuser « d’altérer la nourriture ou de fabriquer les produits pourris requis par le système ». On les verrait s’accoquiner avec les faucheurs Volontaires et les partisans de la Bio si le mouvement n’avait pas été décapité. Au pays de Monsanto qui a empoisonné nombre d’Américains, les Wobblies inventaient le sabotage « bouche ouverte » qui avait pour fonction de divulguer les saloperies du patron.

Parmi ces hommes, Joe Hill avait le talent d’écrire des chansons populaires sur les grèves. Sa plus connue qui s’appelle The preacher and the slave ironise sur les promesses du ciel ; tandis que son expression favorite a fait fureur. Joe Hill clamait : « Don’t mourn, Organize », Ne vous lamentez pas, organisez-vous.

Joe Hill se serait rendu à Hawaï : n’aurait-il pas poussé jusqu’à la Guadeloupe ?

Christophe Goby
Politis, jeudi 12 mars 2009.
(N. B. Le texte ci-dessus ne correspond pas exactement à la version publiée dans Politis, en accès réservé sur le site du journal.)